Économie

La ruée sur les ports

Chaque matin d’été, Kirkenes, une bourgade du nord de la Norvège, attend un majestueux navire de croisière qui apparaît à l’horizon, se faufilant silencieusement entre les fjords sur une mer immobile d’un bleu profond. Dans le cercle polaire, le soleil ne se couche pas. Il demeure suspendu au-dessus du port, répandant sa lumière blanche sur les quais déserts. Pour les touristes, au moins deux raisons justifient le voyage jusqu’ici : le crabe royal et les espions russes.

Des groupes de retraités descendent du paquebot et s’engouffrent dans des mini-vans pour se rendre à la frontière russe, à quelques kilomètres de là, histoire de se donner quelques frissons en écoutant les histoires d’espions dans cette région qui fut, pendant la guerre froide, le seul point de contact entre la Russie et un pays de l’OTAN. Henrik Hoffmann, dont l’agence de tourisme Kirkenes Tours propose des « spy tours », des circuits d’espionnage, les emmène à la frontière, délimitée par un grillage, au milieu d’une forêt. D’autres partent en bateau avec Jorn Haagenrud, un policier à la retraite taciturne qui a fondé l’agence Barents Adventure, pour pêcher le crabe royal. Ce crustacé géant aux longues pattes velues a lui aussi de lointaines origines russes, puisqu’il a colonisé les eaux glacées de la Norvège aussi discrètement qu’un agent secret après son introduction dans les années 1960 par des scientifiques soviétiques.

Kirkenes, qui donne sur la mer de Barents, est le port en eaux profondes le plus au nord du Vieux Continent. Il est protégé des glaces et du vent polaire grâce à son renfoncement dans les terres. Le réchauffement climatique pourrait changer son destin depuis que la petite ville de 3 500 habitants se trouve sur une nouvelle route maritime reliant l’Europe et l’Asie, libérée par la fonte de la banquise…

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