« Parler d’un auteur que j’aime beaucoup ne peut pas rendre ce que donnera la simple lecture d’une page de son texte, car la sensation qu’il veut communiquer jaillit de son texte, de ses paroles, de son rythme. Si on en parle, on l’aplatit complètement. » Après avoir entendu cette déclaration de Nathalie Sarraute dans « A voix nue », sur France Culture, en 1992, comment risquer une esquisse de portrait ? Certes, cette défiance envers le commentaire ou le biographique est partagée par de nombreux écrivains, mais Nathalie Sarraute donne le sentiment de résister plus que d’autres à la biographie.
Sachant qu’elle serait « la proie des biographes », Marguerite Yourcenar a entrepris une trilogie familiale. Simone de Beauvoir s’est faite chroniqueuse d’elle-même et de son époque dans un cycle de Mémoires, commencé en 1958, avec Mémoires d’une jeune fille rangée. Cioran, avec la radicalité qu’on lui connaît, est allé jusqu’à affirmer : « Il est incroyable que la perspective d’avoir un biographe n’ait fait renoncer personne à avoir une vie. »
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